À l’occasion de la journée du 20 avril, il est intéressant de revenir sur un débat de société qui traverse la France * depuis de nombreuses années : celui de la légalisation du cannabis.
En Allemagne * , la culture de cannabis pour un usage personnel va prochainement devenir légale. Le parlement Allemagne * a adopté une loi autorisant l’usage récréatif de cette plante. D’autres pays européens ont déjà pris cette direction, comme Malte * ou le Luxembourg * . Certains États ont choisi une position intermédiaire : au Portugal * , en Espagne * ou en Belgique * , la possession de petites quantités est dépénalisée. Le trafic reste interdit, mais les consommateurs ne sont généralement plus poursuivis pénalement. En France * , à l’inverse, la consommation récréative demeure strictement interdite.
Le cas du Canada * est souvent évoqué dans ce débat. Depuis la légalisation en 2018, la consommation a légèrement progressé, passant d’environ 22 % à 26 % chez les plus de 16 ans entre 2018 et 2022. Toutefois, l’évolution la plus marquante concerne l’approvisionnement : aujourd’hui, près des trois quarts du cannabis * consommé proviennent de points de vente légaux et contrôlés, ce qui réduit fortement la place du marché clandestin.
L’un des objectifs de la légalisation est justement de reprendre la maîtrise de cette consommation : garantir la qualité des produits, encadrer leur teneur en THC souvent très élevée sur le marché noir — et mieux limiter les risques pour la santé.
Il faut aussi reconnaître une réalité : la politique de prohibition peine à produire les résultats attendus. Malgré des décennies de répression, le cannabis * reste largement consommé. Cette situation alimente un marché clandestin très lucratif pour les réseaux criminels.
Dans le même temps, l’approche essentiellement répressive mobilise des moyens policiers et judiciaires considérables, tout en exposant une partie de la population, notamment les jeunes, à la criminalisation. L’État se complaît dans une vision étriquée de son rôle : agir, c’est avant tout punir, réprimer, infliger des sanctions à la pelle
Multiplier les lois répressives est sans doute la solution la plus simple sur le plan politique. Mais la question centrale demeure : cherche-t-on réellement à réduire les risques et à obtenir des résultats concrets, ou seulement à afficher une position de principe ?
Le marché du cannabis en France compte parmi les plus importants d’Europe.
Près de 5 millions de consommateurs, sur 22 millions à l’échelle de l’Union européenne. Un marché qui pèse, à lui seul, plus d’un milliard d’euros.
À l’échelle du territoire, certaines régions sont particulièrement concernées. L’Occitanie enregistre les niveaux les plus élevés, avec 3 % d’usage quotidien, 4,4 % d’usage régulier, 7,4 % d’usage dans le mois et 12,9 % d’usage dans l’année. Elle est suivie par la Nouvelle-Aquitaine, puis par la Bretagne et la région Provence-Alpes-Côte d’Azur.
Une légalisation strictement encadrée pourrait constituer une alternative crédible. Intégrée dans une politique de réduction des risques, elle permettrait de mieux contrôler les produits, de générer des recettes fiscales et de structurer une activité économique régulée. Le cannabis * ne serait plus seulement traité comme un sujet pénal, mais comme une réalité sociale qu’il convient d’encadrer.
Une telle évolution pourrait s’inscrire dans une politique publique plus large, centrée sur la prévention et l’accompagnement. On pourrait par exemple imaginer la création d’une carte de consommateur pour les produits comme l’alcool, le tabac ou le cannabis * , accessible uniquement aux adultes.
Chaque année, lors du renouvellement de cette carte, un échange avec un professionnel de santé pourrait être proposé afin d’évaluer les habitudes de consommation. L’objectif ne serait pas de sanctionner, mais d’informer, de prévenir les risques d’addiction et d’aider chacun à mieux comprendre ses pratiques.
Ce type de dispositif ne viserait pas à surveiller les individus, mais à encourager une forme de responsabilité collective : permettre la consommation tout en favorisant la connaissance, la prévention et l’accompagnement et rendrait possible une légalisation réussie, accompagnée par des professionnels.
Cette réflexion revient souvent dans nos échanges. Nous avons à plusieurs reprises discuté de ces questions et, plus largement, des moyens de transformer la société,sans prétendre que ce modèle serait parfait, je considère néanmoins qu’il représenterait un progrès par rapport à la situation actuelle.
En réalité, si le cannabis * reste interdit en France * , ce n’est pas uniquement pour des raisons de santé publique comme on le prétend parfois, mais aussi pour des raisons idéologiques. Une partie importante de l’électorat demeure opposée à sa légalisation, ce qui freine les responsables politiques dans toute tentative de réforme. C’est aussi là que se révèlent les limites d’une approche politique trop prudente et trop attachée au @stat.
G. Apollinaire : «Le rêve est la meilleure chose qui soit au monde car c'est grâce à lui que nous avançons dans le réel. »